Wednesday 29 January 1992

Écologie, marketing et masochisme...


Il y a dix ans, je brandissais bien haut mon drapeau vert. Aujourd'hui, j'ai honte de porter l'étiquette
d'écologiste. Tant au sein des entreprises que du monde politique, on disserte sur l'environnement davantage pour l'image que par conviction profonde. Même en milieu artistique, certaines chanteuses ont intégré l'écologie dans leur stratégie de marketing. Beaucoup de parole, mais peu de substance.
Nos vedettes écologistes s'appliquent davantage à préparer leurs conférences de presse qu'à trouver des
solutions pratiques aux problèmes fondamentaux. Le dossier de Grande-Baleine en est un exemple notoire. On reproche à Hydro-Québec d'inonder des territoires quasi-désertiques. Or pour chaque kilowatt-heure produit par un barrage au Québec et vendu aux États-Unis, un nuage de gaz carbonique en moins s'échappe des centrales thermiques (ou nucléaires!). Le réchauffement de l'atmosphère par l'effet de serre résultant et les pluies acides ne sont-ils pas plus dommageables pour nos territoires nordiques qu'une simple inondation locale? La protection de l'environnement constitue une problématique globale qui ne peut être résolue qu'à l'échelle planétaire. (...)

Contrairement au pétrole, l'hydro-électricité est une ressource continuellement renouvelable. L'eau coule dans nos rivières, qu'elle soit utilisée ou non pour produire de l'électricité. Pourquoi donc chercher à économiser alors qu'il n'y a rien à économiser? Au contraire, chaque litre d'eau qui coule librement prive l'économie québécoise d'une source importante de revenus. De plus, prétendre que la construction de nouveaux barrages pour fins d'exportation haussera le coût de l'électricité pour les Québécois, c'est contredire le principe même des économies d'échelle!

Hélas, plutôt que de gérer le problème, Hydro-Québec réplique à ses adversaires en empruntant leurs propres armes, c'est-à-dire en gérant la perception du problème par le peuple. Ainsi, elle flambe des fonds publics dans des commerciaux où l'on incite les contribuables à économiser l'électricité. Il n'y a que les sociétés d'État comme Hydro-Québec et la Société des alcools pour se payer de l'antimarketing, c'est-à-dire de la publicité qui tend à diminuer leur chiffre d'affaires. La modération a bien meilleur goût. Même les compagnies de cigarettes ne subventionnent pas la publicité de sensibilisation contre le tabagisme.
Vous éprouvez certainement une grande considération à l'égard d'Hydro-Québec, en regardant l'un de ces
panneaux publicitaires où elle prêche contre sa paroisse. C'est précisément l'objectif visé par la société d'État.

Cette campagne publicitaire n'est qu'un exercice de relations publiques sans fondement scientifique véritable. En effet, combien d'énergie économisez-vous en fermant une heure plus tôt une ampoule de 100 watts chaque soir de la saison hivernale? 100 kilowatt-heure par jour? Foutaise! L'économie est nulle puisque chaque kilowattheure «gaspillé» par votre ampoule en est un de moins que votre fournaise fournira pour chauffer votre demeure. Avez-vous déjà lu cette démonstration dans un journal quelconque? Moi non plus. Pourtant, nul n'a besoin d'un cours en thermodynamique pour la comprendre.

La mode qui consiste à isoler une maison au maximum ne se justifie guère plus scientifiquement. Une maison trop étanche devient trop humide. Par conséquent, le coefficient d'isolation thermique de l'air ambiant diminue et les coûts de chauffage augmentent. Cessez donc d'enrichir les coffres des vendeurs d'isolation.

Tous les jours on se culpabilise pour son taux de cholestérol, sa consommation d'alcool, ses excès de vitesse, son comportement sexuel... et finalement son gaspillage d'énergie. Force m'est de croire que notre société est devenue profondément masochiste. Nos politiciens mesurent leur succès aux supplices qu'ils font subir aux électeurs. Les écologistes ne sont que des bourreaux parmi tant d'autres.