Thursday 27 November 2003

Meurtre médiatique


Derrière toute tragédie se cache une leçon pour l’humanité.  Encore faut-il se donner la peine de la trouver.

Le suicide de monsieur Léon Lafleur, directeur de l’hôpital Saint-Charles-Borromée me démontre une fois de plus le pouvoir impitoyable des médias.  Je n’approuve certainement pas le manque de dignité avec le lequel sont trop souvent traités les citoyens en position de faiblesse qu’ils soient malades, assistés sociaux ou détenus.  J’enterre d’ailleurs aujourd’hui même ma grand-mère décédée subitement suite à une pyélonéphrite diagnostiquée trop tard à cause de l’indolence du personnel de l’établissement où elle résidait.

Je n’approuve pas non plus la réaction du directeur de l’hôpital telle que rapportée par les médias lorsque interviewé sur les agissements de son personnel.  Je précise bien « telle que rapportée » car je nourris une méfiance grandissante par rapport à la fidélité des propos rapportés par les médias.

Par contre, je déplore l’intérêt manifestement mercantile, voire même sadique, qu’ont les médias de lyncher virtuellement un homme public au nom de la vertu sociale sinon journalistique.  Je parle en connaissance de cause pour avoir goûter personnellement à la soupe mais mon cas n’est pas isolé.  Comment d’hommes, trouvés ultérieurement innocents, ont songé au suicide après avoir été traînés dans la boue par les médias?  Que ce soit au nom de la défense des droits des enfants (cas d’agression sexuelle), des femmes (cas de violence conjugale) ou tout récemment des patients (cas de monsieur Lafleur), les médias anéantissent à toutes fins utiles le concept de présomption d’innocence si cher à la justice canadienne.

Au-delà de leurs objectifs de rentabilité, les médias ont-ils oublié qu’ils jouent aussi un rôle social tout aussi important que l’appareil politique ou judiciaire?  Les journalistes sont dus pour un examen de conscience.