Tuesday, 26 September 1995

Les deux objectifs ratés


Je voyais, la semaine dernière, dans La Presse, le «poster» qu'une association gay veut placarder partout à
travers la ville dans le but de prévenir le sida et de diminuer l'homophobie. À mon sens, l'auteur du poster rate ses deux objectifs.

D'une part, je ne vois pas en quoi ce poster prévient le sida. Normaliser l'homosexualité encourage une certaine pratique sexuelle qui, preuves scientifiques à l'appui, privilégie la transmission de la maladie. Il aurait donc été plus approprié d'encourager les homosexuels à se protéger en ayant recours au condom. Malheureusement, le poster ne fait aucune allusion à cet égard.

D'autre part, en présentant deux hommes souriants et en parlant de grand amour, terme généralement associé à une relation hétérosexuelle, le poster choque. Je ne fais ici aucun jugement de valeur à savoir si le poster devrait choquer ou non. Je me contente d'observer que le poster choque et que choquer la population n'est pas la meilleure façon d'attirer sa sympathie. Encore une fois, il aurait été plus efficace d'exploiter par exemple le thème de l'homosexuel victime de discrimination au travail.

Finalement, le message du poster me laisse fort perplexe. L'amour d'un couple prend souvent plusieurs mois à se bâtir, sinon plusieurs années, mais certainement pas deux jours. Le terme «amour» auquel réfère l'auteur semble donc plutôt faire office d'euphémisme pour «activité sexuelle» et le grand amour, d'activité sexuelle intense. Jusque-là, tout va bien, mais c'est le mot «déjà» qui dissone.

Il laisse supposer à tort ou à raison qu'une relation homosexuelle de deux jours serait «déjà» longue. Le
corollaire de cette hypothèse est que la majorité des relations homosexuelles ne dureraient qu'une seule nuit. Or, nul ne viendra nier qu'une relation d'une nuit est davantage stimulée par des fins sexuelles que sentimentales, et ce, que le couple soit homosexuel ou hétérosexuel. L'auteur du poster rate encore son coup s'il tentait de nous convaincre que la différence homosexuelle n'est justement pas uniquement sexuelle, et que deux gays peuvent vivre une relation sentimentale complète.

Wednesday, 29 January 1992

Écologie, marketing et masochisme...


Il y a dix ans, je brandissais bien haut mon drapeau vert. Aujourd'hui, j'ai honte de porter l'étiquette
d'écologiste. Tant au sein des entreprises que du monde politique, on disserte sur l'environnement davantage pour l'image que par conviction profonde. Même en milieu artistique, certaines chanteuses ont intégré l'écologie dans leur stratégie de marketing. Beaucoup de parole, mais peu de substance.
Nos vedettes écologistes s'appliquent davantage à préparer leurs conférences de presse qu'à trouver des
solutions pratiques aux problèmes fondamentaux. Le dossier de Grande-Baleine en est un exemple notoire. On reproche à Hydro-Québec d'inonder des territoires quasi-désertiques. Or pour chaque kilowatt-heure produit par un barrage au Québec et vendu aux États-Unis, un nuage de gaz carbonique en moins s'échappe des centrales thermiques (ou nucléaires!). Le réchauffement de l'atmosphère par l'effet de serre résultant et les pluies acides ne sont-ils pas plus dommageables pour nos territoires nordiques qu'une simple inondation locale? La protection de l'environnement constitue une problématique globale qui ne peut être résolue qu'à l'échelle planétaire. (...)

Contrairement au pétrole, l'hydro-électricité est une ressource continuellement renouvelable. L'eau coule dans nos rivières, qu'elle soit utilisée ou non pour produire de l'électricité. Pourquoi donc chercher à économiser alors qu'il n'y a rien à économiser? Au contraire, chaque litre d'eau qui coule librement prive l'économie québécoise d'une source importante de revenus. De plus, prétendre que la construction de nouveaux barrages pour fins d'exportation haussera le coût de l'électricité pour les Québécois, c'est contredire le principe même des économies d'échelle!

Hélas, plutôt que de gérer le problème, Hydro-Québec réplique à ses adversaires en empruntant leurs propres armes, c'est-à-dire en gérant la perception du problème par le peuple. Ainsi, elle flambe des fonds publics dans des commerciaux où l'on incite les contribuables à économiser l'électricité. Il n'y a que les sociétés d'État comme Hydro-Québec et la Société des alcools pour se payer de l'antimarketing, c'est-à-dire de la publicité qui tend à diminuer leur chiffre d'affaires. La modération a bien meilleur goût. Même les compagnies de cigarettes ne subventionnent pas la publicité de sensibilisation contre le tabagisme.
Vous éprouvez certainement une grande considération à l'égard d'Hydro-Québec, en regardant l'un de ces
panneaux publicitaires où elle prêche contre sa paroisse. C'est précisément l'objectif visé par la société d'État.

Cette campagne publicitaire n'est qu'un exercice de relations publiques sans fondement scientifique véritable. En effet, combien d'énergie économisez-vous en fermant une heure plus tôt une ampoule de 100 watts chaque soir de la saison hivernale? 100 kilowatt-heure par jour? Foutaise! L'économie est nulle puisque chaque kilowattheure «gaspillé» par votre ampoule en est un de moins que votre fournaise fournira pour chauffer votre demeure. Avez-vous déjà lu cette démonstration dans un journal quelconque? Moi non plus. Pourtant, nul n'a besoin d'un cours en thermodynamique pour la comprendre.

La mode qui consiste à isoler une maison au maximum ne se justifie guère plus scientifiquement. Une maison trop étanche devient trop humide. Par conséquent, le coefficient d'isolation thermique de l'air ambiant diminue et les coûts de chauffage augmentent. Cessez donc d'enrichir les coffres des vendeurs d'isolation.

Tous les jours on se culpabilise pour son taux de cholestérol, sa consommation d'alcool, ses excès de vitesse, son comportement sexuel... et finalement son gaspillage d'énergie. Force m'est de croire que notre société est devenue profondément masochiste. Nos politiciens mesurent leur succès aux supplices qu'ils font subir aux électeurs. Les écologistes ne sont que des bourreaux parmi tant d'autres.

Monday, 23 December 1991

Le XXe siècle ou la mort du romantisme


Si le siècle dernier fut celui du Romantisme, le siècle courant en sonnera sûrement le glas. Faire la cour à une femme est devenu aujourd'hui une entreprise passablement périlleuse. Si Balzac savait, il se retournerait certainement dans sa tombe. Où peut-on draguer en 1992? Au travail? Dans une boite de nuit? L'un ou l'autre n'est pas de tout repos.

Pour draguer au travail, il faut d'abord dénicher un bon avocat. Ensuite, il faut être très vigilant; pas question de se laisser conduire par ses sentiments. Bien entendu, un cadre ne doit jamais chercher à charmer une secrétaire; une plainte de harcèlement sexuel peut sérieusement amocher une carrière. Un cadre doit donc se limiter à draguer à l'intérieur de son rang hiérarchique. Tant pis pour lui s'il travaille pour une firme de génie-conseil et que, malheureusement, les seules femmes y sont encore secrétaires. Il peut toujours se recycler en droit ou en médecine. Entretemps, il devra rester insensible aux décolletés invitants que sa secrétaire porte à souhait. Les mariages mixtes sont désormais interdits. La mode est au clivage social.

Draguer dans une boite de nuit n'est guère plus agréable, en particulier pour un non-fumeur. Ça coûte cher; il faut envoyer ses habits chez le nettoyeur à chaque fois, voire même les accrocher dehors entretemps à cause de l'odeur. De plus, il faut entrer à la discothèque avec deux valises, l'une remplie de condoms, l'autre de formulaires de consentement. Il serait même prudent d'apporter un ivressomètre. Ainsi, vous pourrez prouver à la Cour ultérieurement que votre partenaire n'avait pas les «facultés affaiblies» au moment de signer le formulaire de consentement. N'oubliez pas non plus de faire contresigner le chasseur de l'hôtel comme témoin.

Les ventes de champagne devraient donc diminuer substantiellement au pays. En effet, nul prétendant ne courra le risque d'affaiblir les facultés de sa dulcinée. Le bon vieux proverbe «In vino veritas» en prend pour son rhume.

Hélas, les désagréments ne s'arrêtent pas une fois rendu au lit. Essayez donc de jouir tout en vous demandant si vous serez accusé de viol le lendemain ou encore si vous serez séropositif au prochain test de dépistage du SIDA. Est-ce là le romantisme que nous réserve l'an 2000? Les scientifiques tentent à leur manière de restaurer le romantisme, en cherchant notamment un vaccin contre le SIDA. Nos juristes travaillent aussi fort, mais malheureusement dans l'autre sens. Au nom de principes nobles mais idéalistes, ils sont en train d'anéantir les plus beaux vestiges de nos origines animales. À quand la taxe d'amusement?
Bref, si l'État ne s'ingérait pas dans nos chambres à coucher, la société ne s'en porterait que mieux.