Wednesday, 26 May 2010

Les méchants hommes


Hélas, un autre drame familial au Québec cette semaine a fait quatre morts dont trois innocents. En effet, ce chauffard qui lundi provoquait deux collisions volontaires en moins de dix minutes agissait sous le choc d’une séparation. À la fin du mois dernier, sa conjointe lui avait annoncé qu’elle souhaitait refaire sa vie avec un autre homme malgré leur relation de 25 ans et leur fils de 4 ans.

Les féministes monteront bientôt au créneau pour dénoncer une fois de plus à quel point les hommes sont violents. Malheureusement, ce message n’aidera en rien à prévenir que de telle tragédie se produisent à nouveau. Nos dirigeants saisiront probablement aussi l’opportunité pour se faire du capital politique en octroyant de nouveaux crédits aux centres d’aide aux femmes victimes de violences conjugales. Malgré toute la sympathie qu’on peut éprouver pour ces victimes, de tels crédits ne contribueront pas à la prévention de la violence.

À mon sens, la première étape vers la prévention est de cesser de toujours chercher un coupable. Quand il y a rupture amoureuse, il n’y a pas de coupable. L’amour dure rarement toute une vie. C’est tout. Or la judiciairisation matrimoniale n’a rien fait pour aider la cause. Policiers, avocats, juges, procureurs de la Couronne…tout le personnel de l’appareil judiciaire est conditionné à penser en noir et blanc : on gagne ou on perd une cause, on est coupable ou non-coupable…. Malheureusement, la psychologie humaine est beaucoup plus complexe que cela : les bons et les méchants n’existent pas vraiment.

La seconde étape est d’admettre qu’un homme qui pose un geste de violence n’est pas nécessairement un homme violent (avis aux Dr Mailloux de ce monde). Plus souvent qu’autrement, un homme qui pose un geste isolé de violence vit en fait une profonde dépression. Or, dans nos préjugés sociaux, on n’admet que le modèle féminin de la dépression; celui-ci se manifeste par le chagrin et la déprime. Pour des raisons que seul le Créateur pourrait justifier (ou la Nature selon nos croyances), la violence devient un mode de communication pour le mammifère mâle en détresse psychologique. Ce n’est donc pas en jugeant les hommes qu’on préviendra la violence mais plutôt en dévouant des ressources afin de mieux comprendre ce mécanisme psychologique, de reconnaitre la spirale de la violence plus tôt dans son processus et de mieux encadrer les hommes à risque. Par « encadrer », je n’entends pas « emprisonner »; la séquestration ne fait que reporter le problème et souvent hélas elle transforme une querelle de couple anodine en drame familial.

On a tort de croire que le sexe fort est masculin. Si l’homme est plus fort physiquement, la femme est en revanche beaucoup solide psychologiquement. Elle se remettra plus facilement d’un échec amoureux. Les statistiques en témoignent : les hommes fraichement divorcés ont un taux de suicide plus élevé que n’importe quel autre groupe social. Dans un film d’Hollywood, les gens violents sont des brutes sans sentiments. Dans la vraie vie, les gens violents sont des êtres fragiles. Ils ont besoin d’aide, pas d’être jugés, et encore moins d’être ostracisés.

Tuesday, 16 December 2008

Le mythe de la vitesse qui tue.


Notre journée de ski en famille avait bien mal commencé: 2 points d’inaptitude pour avoir rouler à 74 km/h dans une zone de 50. Le hic, c’est qu’à 7 :00 Am le dimanche matin, les rues sont désertes à Longueuil. L’autre hic, c’est que je m’engageais dans la bretelle d’accès de l’autoroute 132. Or pour atteindre 100 km/h à partir de 50 km/h, on doit forcément passer par 74 km/h mais, hélas, les policiers ne sont pas tous doués en physique mécanique.

Nous avons mis 4 heures pour nous rendre au Mont Tremblant ! Finalement, c’aurait été plus rapide d’aller skier au Massif. Des charrues déneigeaient la voie à 40 km/h et un camion de la voirie nous empêchaient délibérément de les dépasser. Ma conjointe a fait le 511 pour se plaindre. Or le fonctionnaire lui a expliqué en bon curé que le ministère des transports voulait simplement nous protéger contre les aléas de la conduite hivernale, et ce, même en Nissan X-Terra. Heureusement que la poudreuse était généreuse à Tremblant…

En lisant la Presse ce matin, j’ai été touché de constater que les fonctionnaires de la voirie n’étaient pas les seuls à se faire du mauvais sang  pour ma sécurité. Avec un brin de condescendance, Marie-Claude Lortie nous a même rappelé comment interpréter un panneau « céder le passage » et quelle distance il faut maintenir avec le véhicule d’en avant. J’aimerais lui rappeler à mon tour que la voie de gauche est réservée au dépassement et que la courtoisie au volant implique également de permettre aux autres automobilistes d’entrer sur l’autoroute en se déplaçant au besoin sur la voie du centre. En Italie, le code de la route prévoit même une contravention pour les conducteurs qui ont oublié à quoi servait la voie de gauche. Dans les circonstances, un petit appel de phare est un rappel bien courtois pour les conducteurs amnésiques.

En roulant à 40 km/h vers le Mont Tremblant dimanche, un panneau a retenu mon attention : rouler à 140 km/h sur la 117 coûte désormais 10 points d’inaptitude. Je comprends encore une fois qu’on veut me protéger mais il y a une limite au délire collectif.  L’imprudence, la fatigue, l’alcool, la drogue, l’inexpérience, la distraction, la mauvaise condition mécanique du véhicule et même la testostérone sont toutes des causes d’accidents mais non la vitesse pure. Faut-il rappeler que les bilans des accidents mortels sur les autoroutes en Allemagne et dans l’état du Montana sont parmi les plus bas au monde (6.5/100,000) alors qu’il n’y a même pas de limites de vitesse? Finissons en avec ce mythe de la vitesse qui tue.

Nul besoin d’être ingénieur pour comprendre que le critère le plus objectif et scientifique pour déterminer la vitesse sécuritaire d’un véhicule est sa distance de freinage. C’est pourquoi, en Europe, les poids lourds ne peuvent généralement pas dépasser 90 km/h alors que la limite pour les automobilistes atteint souvent 130 km/h. En France, la limite de vitesse pour nouveaux conducteurs est même inférieure de 20 km/h. Nos politiciens auraient avantage à s’inspirer du modèle européen.

Au Québec, la limite de vitesse est la même pour tout le monde (et incidemment les contraventions) alors que la distance de freinage est très variable d’un véhicule à l’autre.  N’en déplaise aux Foglia de ce monde, un père de famille de 40 ans qui savoure sa Porsche à 140 km/h sur l’autoroute par une journée ensoleillée ne représente pas un danger public. En effet, sa distance de freinage est plus courte que la plupart des autres véhicules sur la route qui roulent à 100 km/h, y compris les voitures de police.

Depuis 50 ans, la performance et la sécurité des véhicules n’ont jamais cessé de s’améliorer. Pourtant, les limites de vitesse au Québec n’ont pas suivi. Bien au contraire, elles ont diminué. Est-ce à dire que l’état était irresponsable de fixer à 70 mph la limite de vitesse dans les années 60?  Depuis cette époque,  l’État québécois a instauré le fameux système des points d’inaptitude en plus d’augmenter le montant des contraventions. Et tout récemment, la loi a été changée pour doubler les points d’inaptitude pour les grands excès de vitesse, suspendre le permis de conduire et saisir le véhicule sur le champ.  Comme si ce n’était pas suffisant, le nombre de points d’inaptitude double à chaque nouvelle infraction sur une période de 10 ans ! Concrètement, cela signifie qu’une deuxième offense à 160 km/h implique la suspension du permis pour au moins 2 ans et peut-être même 4 ans !!

Plusieurs hommes d’affaires dépendent de leur véhicule pour gagner leur vie. On doit se questionner sérieusement sur la moralité de les empêcher de travailler pendant des années pour une infraction au code de la route, qui souvent, d’un point de vue scientifique, ne comporte pas de dangers objectifs. Ces conducteurs de grosses berlines allemandes sont peut-être mal aimés du public mais, ne l’oublions pas, ils demeurent quand même des acteurs importants de notre économie. Or la peine ici est disproportionnée par rapport à l’offense. Faut-il rappeler au Parti Libéral qu’il a été élu au Québec et non en Iran?

Je suis d’accord pour taxer la vitesse avec des contraventions salées mais pas avec des points d’inaptitude. À l’instar de la taxe sur le bon vin, il s’agirait d’une taxe d’amusement. De façon naturelle, seuls les propriétaires de véhicules sécuritaires à haute vitesse auraient les moyens d’acquitter ces contraventions. Le cas des jeunes conducteurs à casquette à l’envers serait également réglé.

Une autre idée serait d’émettre un permis de conduire moins restrictif quant à la vitesse mais plus dispendieux. Un tel permis spécial à l’intention des propriétaires de véhicules performants constituerait une nouvelle source de revenus pour l’état et pourrait même relancer l’industrie automobile. Bref, le législateur aurait intérêt à faire un petit effort de créativité et cesser de nous sermonner avec la vitesse.

Je ne veux pas minimiser ici les tragédies qu’engendrent les accidents mortels mais jusqu’où doit-on s’insurger contre la fatalité? Hélas, l’unique moyen d’éviter un accident est de ne pas prendre la route. Même raisonnement pour l’avion ou encore le vélo. Et tant qu’à y être, aussi bien éviter le ski car ce sport compte également son lot d’accidents mortels à chaque année. Nul ne peut échapper à la fatalité, même en restant à la maison. Pas plus tard que la semaine passée, un avion s’écrasait en plein Los Angeles et faisait plusieurs morts au sol.

Saturday, 28 April 2007

Les nouveaux curés


Il y a toujours eu et il y aura toujours des gens au sein de la population qui prennent un vilain plaisir à moraliser les autres. Autrefois, ce groupuscule était personnalisé par les curés. Aujourd’hui, comme la religion catholique bat de l’aile, les environnementalistes ont pris la relève.

Bien-entendu, personne n’est contre la vertu. Toutefois, force est d’admettre que le discours de certains environnementalistes n’est pas toujours fondé scientifiquement. On l’a vu récemment avec cette idée saugrenue d’abolir les ampoules incandescentes.  Non seulement, l’élimination après usage des ampoules fluorescentes compactes pose un problème écologique à cause du mercure qu’elles contiennent mais en plus,  les économies énergétiques que ces ampoules procurent sont très discutables. En effet, l’énergie calorifique générée par une ampoule incandescente n’est pas moins efficace qu’un calorifère électrique pour chauffer un appartement. Comme au Canada, nous sommes la plupart du temps en mode chauffage, la plupart des kilowattheures dépensés en sus par les ampoules incandescentes sont récupérés au niveau des coûts de chauffage.

L’idée du maire Tremblay de pénaliser les automobilistes qui « préchauffent » leur véhicule en hiver n’a guère plus de sens. Un moteur à combustion qui est sollicité à froid consomme beaucoup plus de carburant et, en plus, génère des gaz toxiques (NOX et SOX) parce que la réaction chimique est incomplète. Si notre maire se cherche une bonne idée pour réduire les émissions de gaz carbonique des automobilistes, je lui suggère d’autoriser les virages à droite sur feux rouges.

Nos plus fervents militants environnementalistes s’habillent de linge recyclé et évitent même d’utiliser des appareils électroménagers. Ce mode de vie ne rappelle-t-il pas la simplicité volontaire de nos anciens ecclésiastiques? Tous les moyens sont bons pour nous faire sentir coupables.  La vraie question est de savoir s’ils défendent vraiment la planète ou s’ils se font simplement plaisir?

Friday, 13 April 2007

Obésité juvénile : à qui la faute?


Il y a longtemps que je n’étais pas sorti en boîte à Montréal. Le choc fut d’autant plus brutal. Les femmes minces y étaient toutes âgées d’au moins trente ans sinon quarante. A contrario, les plus jeunes étaient grassettes, voire carrément rondes C’est le monde à l’envers.

Non seulement l’obésité s’est répandue au pays comme un feu de paille, mais le plus alarmant est qu’elle est désormais socialement acceptée et acceptable. À mon époque, les quelques rares adolescentes obèses étaient rarement convoitées. Aujourd’hui, les bourrelets sont devenus la norme esthétique. Tant mieux pour les grosses si elles  ne sont plus marginalisées socialement. Toutefois, cette nouvelle tendance comporte le fâcheux inconvénient de banaliser l’obésité qui est devenu, au fil des ans, la principale cause de mortalité. L’obésité, faut-il le rappeler, n’est pas un problème d’esthétique ou de morale mais bien de santé publique.

Pour expliquer l’obésité infantile, on accuse sans détour la sédentarité des jeunes et leur alimentation malsaine. Or nos mères, bien qu’elles fussent incontestablement plus actives que nos adolescentes d’aujourd’hui, pratiquaient beaucoup moins de sports que les garçons. Pourtant, la plupart étaient encore minces et désirables à vingt ans. Mon point est  qu’il n’est pas nécessaire d’être un athlète pour maintenir sa ligne. Paradoxalement, certaines adolescentes d’aujourd’hui s’engagent activement dans des équipes de sport, et pourtant elles sont tout de même plus enrobées que leur mère au même âge.

Il est inutile de chercher bien loin la cause de l’obésité infantile : nos jeunes, en particulier nos jeunes filles, ont changé d’alimentation. Bien sûr, les milliards dépensés chaque année en publicité par les géants de la malbouffe ont contribué à ce changement. Leurs gourous en marketing ont réussi à reprogrammer la relation de nos enfants avec la nourriture C’est pourquoi McDonald’s installait de coûteux mais captivants parcs dans leurs restaurants il y a vingt ans : très tôt dans leur développement psychologique, ils associaient ainsi malbouffe et plaisirs dans la tête de nos enfants. C’est précisément cette première génération d’enfants qui s’amusaient à trois ans dans les parcs de McDonald’s qui dandinent aujourd’hui leurs bourrelets sur les pistes de danse.

J’aurais espéré que nos professionnels de la santé luttent contre la manipulation des compagnies agro-alimentaires, mais ils l’ont aidé malgré eux. D’abord, les pédopsychologues ont créé la génération de l’enfant-roi grâce à leurs savants conseils en matière d’éducation. Ainsi, il ne faut plus priver de dessert un enfant qui ne finit pas son assiette ni même le forcer à manger sainement. Comme les enfants constituent une cible vulnérable à la publicité, il devient alors facile aux géants de la malbouffe de s’immiscer dans le menu familial. Autrefois, les parents décidaient du menu familial. Aujourd’hui, ce sont les enfants, ou plutôt les industriels via la bouche des enfants.

D’après moi, les diététistes et leur guide alimentaire ont constitué les principaux alliés de la malbouffe. Leur croisade tous azimuts contre le gras et la viande depuis les années ‘70 a créé une confusion populaire magistrale. Leur discours omet de dire qu’un aliment faible en gras est forcément riche en sucre. En effet, les calories ne proviennent que de trois sources possibles : les sucres (glucides), les gras (lipides) et les protéines (protides). Comme les protéines constituent rarement 20 % de l’apport calorique total, mais jamais plus de 30 %, le reste est forcément divisé entre les sucres et les gras. Or une calorie de gras ne fait pas plus engraisser qu’une calorie de sucre. De plus, les sucres, surtout les mauvais sucres, détractent le mécanisme de satiété si bien que nous finissons par manger au-delà de notre appétit réel. Ce sont précisément ces calories ingérées en trop qui entrainent l’obésité.

Certaines diététistes prétendent encore aujourd’hui qu’il n’y a pas de bons ou de mauvais aliments, que tout est une question de quantité. C’est complètement faux. Les jeunes d’autrefois mangeaient à satiété, mais n’engraissaient pas parce que leur alimentation était plus équilibrée. Or une alimentation équilibrée implique bien sûr des protéines mais aussi des sucres et des gras.

La qualité et non la quantité des aliments détermine donc l’obésité. Il y a de bons sucres comme le brocoli mais aussi de mauvais comme le coca-cola. Il y a de bons gras comme l’huile d’olives mais aussi de mauvais comme la margarine. Le danger réside dans les calories vides qu’on retrouve justement dans la malbouffe.

En encouragent une consommation excessive de glucides, sans égard à leur qualité, les diététistes ont pavé la voie vers la fortune aux géants de la malbouffe. En dénigrant la viande, en particulier la viande rouge, elles ont favorisé le végétarisme, un régime impropre à l’homme et ainsi entrainé toutes sortes de carences alimentaires chez nos adolescentes, notamment en fer, en vitamine B12 et en acide cervonique (oméga-3 ADH).

Les adolescentes sont particulièrement vulnérables à la propagande des diététistes. En effet, elles traversent une période psychologique difficile de leur vie où il est facile de verser dans l’idéalisme, notamment l’idéalisme alimentaire. Soit qu’elles assument mal leur rôle de prédateur dans la chaine alimentaire, soit qu’elles s’opposent à la chasse aux phoques, elles délaissent progressivement la viande au profit des féculents. La majorité d’entre elles commencent alors à prendre du poids. Les autres deviennent anorexiques pour éviter cette prise de poids ou commencent à fumer. Dans un cas comme dans l’autre, elles hypothèquent leur santé pour la vie.

Le guide alimentaire canadien fait fausse route avec son concept de portions. Il devrait plutôt parler de proportions. En effet, les jeunes mangeront toujours à leur faim. Il est inutile, voire contreproductif, de leur imposer une portion en sus ou en deçà de leur appétit. Faute d’agir sur la quantité, agissons plutôt sur la qualité des aliments. Notre responsabilité en tant que parents est de leur préparer des repas équilibrés où l’on retrouve légumes, fruits et viandes. Il faut aussi avoir le courage de tenir tête à l’offensive médiatique en limitant les heures de télévision et en bannissant toute malbouffe de la résidence familiale. En interdisant les chips, les frites, les poutines, les céréales croustillantes et les sodas, et en modérant le pain blanc, la pomme de terre, le riz et les pâtes, vos enfants retrouveront leur appétit normal et incidemment leur taille.

L’environnement est devenu un thème incontournable de la politique contemporaine. Nos décideurs ont finalement saisi l’importance de limiter l’ambition des industries polluantes afin de léguer un environnement sain à la génération qui succède. Quand comprendront-ils qu’il faut limiter l’ambition de l’industrie de la malbouffe afin de léguer aussi la santé à la génération qui succède?

Wednesday, 25 October 2006

Moins gras, moins sucré, vraiment?


Je contribue à ma façon à la lutte contre l’obésité juvénile via mon livre, ma conférence, mes articles et mes passages à la télé. Je ne peux donc que saluer haut et fort les initiatives que prennent actuellement les gouvernements provinciaux et fédéral en la matière, en plus de l’intervention du privé comme la fondation Chagnon. Toutefois, je sursaute à chaque fois que j’entends leur leitmotiv « moins gras, moins sucré ».

En effet, il s’agit d’un non-sens scientifique : un aliment ne peut être à la fois moins gras et moins sucré. Nos dirigeants auraient intérêt à réviser leur ABC de la nutrition. Les aliments sont constitués de trois macroéléments : les glucides (sucres), les lipides (gras) et les protides (protéines et acides aminées).  Le fromage Emmental figure parmi les aliments présentant la plus forte teneur en protides soit 29%. Presque tous les autres aliments en contiennent une moindre proportion. La plupart des calories proviennent donc des gras et/ou des sucres.

En fait, il ne s’agit pas de manger moins gras ou moins sucré mais de mieux choisir ses gras et ses sucres. Un muffin moins sucré au goût ne contient pas nécessairement moins de sucre. La farine ne contient que du sucre… mais non sucré. Même le brocoli ne contient que des sucres… mais des bons sucres comme pour la plupart des fruits et légumes.

Il en est de même pour les gras. Aucun aliment n’est plus gras que l’huile d’olive. Pourtant, ses gras sont essentiellement mono-insaturés, donc bons pour la santé. La plupart des coupes de bœuf sont moins grasses que le saumon. Par contre, ce dernier renferme plus de gras oméga-3, un excellent gras.

Moins gras ne signifie pas nécessairement meilleur. Le yaourt allégé en est un exemple patent. On y remplace le gras par de l’amidon de maïs pour conserver artificiellement la texture désirée. Ce faisant, on fait bondir son index glycémique et transforme en malbouffe un aliment qui était sain au départ.

Le chemin le plus court vers l’obésité est paradoxalement une alimentation très pauvre en gras. Non seulement l’organisme est alors privé d’acides gras essentiels à sa régulation hormonale mais en plus, la surcharge glycémique qui en découle fausse le mécanisme de satiété et favorise ainsi la surconsommation. Les agriculteurs l’ont bien compris et nourrissent  leurs porcs exclusivement au grain afin de les faire engraisser le plus rapidement possible.

Les intervenants de la nutrition auraient donc avantage à soigner leur discours car des incohérences comme celle que je dénonce ici finissent par miner la confiance du public. Or, si la population décroche, toutes ces belles initiatives de sensibilisation ne porteront que peu de fruits.

Tuesday, 3 October 2006

La violence n’a pas de frontières


La tuerie de Virginia Tech nous rappelle que ni la modernité, ni la loi 101 ne sont responsables de la violence. En fait, la violence n’a pas de frontières : un peu partout, des citoyens « ordinaires » pètent des plombs et parfois commettent l’irréparable. Ce phénomène n’est pas différent au Québec qu’ailleurs en Amérique du Nord.

Je ne crois pas qu’il faille démoniser les auteurs de ces crimes odieux. J’ose même croire qu’un nombre beaucoup plus important de citoyens « ordinaires » jonglent  quotidiennement avec des fantasmes homicides. Heureusement, une infime proportion d’entre eux passe du fantasme à l’acte.

À chercher des explications trop faciles à ces crimes ou trop politiquement correctes, on passe à coté du vrai problème. À vouloir récupérer ces crimes à des fins politiques comme les féministes avec la tuerie de Polytechnique, on n’accomplit pas davantage. Au fond, nous savons tous hypocritement que nul n’est à l’abri du mal de vivre. Toutefois, nous refusons l’idée que la violence habite tout et chacun d’entre nous. Or parfois, le mal de vivre se synchronise avec une fragilité passagère de la personnalité et l’inexplicable se produit. Ces facteurs présentent la même faible probabilité de converger que ceux entrainant la chute d’un viaduc. Tel est le propre du crime passionnel. Son auteur ne partage aucunement les desseins ni l’état d’esprit des criminels classiques.

Ces tueries qui se succèdent l’une après les autres m’attristent mais ne me surprennent pas.  Je m’étonne même qu’elles surviennent si rarement compte tenu compte tenu de la violence sourde qui habite plusieurs de nos concitoyens. Réveillons-nous car nous dormons sur une poudrière. Il nous faut mettre en place des mécanismes de prévention.

La première étape d’un plan de prévention consiste à cesser de traiter ces auteurs de crimes passionnels comme des criminels classiques. Qu’ils s’agissent de célèbres fusillades ou encore, à plus petite échelle, de drames conjugaux, ces hommes ou ces femmes sont à la base des citoyens ordinaires qui ont simplement dérapé. Or ce dérapage est un processus long et progressif qui ne passe pas inaperçu. En effet, les gens qui souffrent émettent toujours des signaux de détresse avant de passer à l’acte. Or souvent leurs proches ferment les yeux au lieu d’intervenir avec les conséquences qu’on connaît.

L’Internet constitue un médium de communication de prédilection pour les jeunes. De ce fait, il constitue donc également un outil important pour sonder leurs états d’âme. Dans la tête des jeunes, la frontière est mince entre le virtuel et le réel. Aussi ne faut-il pas prendre à la légère leurs menaces virtuelles. On l’a compris récemment au Québec avec la vague d’arrestation de jeunes qui a suivi les événements de Dawson.

Hélas, on l’a compris de la mauvaise manière. Alors que ces jeunes ont un urgent besoin de support psychologique, on les incarcère. On les prive ainsi non seulement de l’aide d’un psychologue mais aussi de l’aide de leur famille et amis. En plus, on les humilie publiquement. Déjà au départ, ces jeunes présentaient une personnalité vulnérable. Or le processus judiciaire les fragilise encore davantage. C’est exactement le même traitement qu’on réserve aux hommes accusés de violence conjugale.

Il faut bien comprendre une fois pour toutes que la prison n’est pas une thérapie pour les auteurs de crimes passionnels. L’état dépressif du prévenu combiné à la mauvaise influence des codétenus est un cocktail explosif. Ça passe ou ça casse. À mon sens, la criminalisation  de la violence conjugale explique l’augmentation du taux de drames conjugaux qui se concluent en homicide (suicides inclus). Or j’ai bien peur que le même phénomène social se reproduise chez les jeunes accusés de menaces virtuelles.

Une intervention adéquate ne consiste donc pas à jouer à l’autruche, ni à jeter de l’huile sur le feu. Une bonne intervention consiste à impliquer des professionnels de la santé mentale et non les professionnels de la justice. L’incarcération ne procure qu’un sentiment illusoire et passager de sécurité. Tôt ou tard le prévenu sera libéré et sa détresse intérieure sera alors peut-être convertie en rage profonde contre la société. L’usage de la force ne fait que reporter sinon amplifier le problème. La répression policière n’est pas une solution. Ce vieil adage s’applique également à une société entière : « Qui vit par l’épée, meurt par l’épée ».

Saturday, 1 July 2006

Lettre ouverte à une amie souffrant d'obésité morbide


Chère Nathalie,

Lundi dernier, la sœur d'une de mes amies se faisait enlever 15 cm du gros intestin. Cette intervention chirurgicale était justifiée par un cancer et non l'obésité. Néanmoins, crois moi: ce ne fût pas une partie de plaisir.

L'employée d'une autre de mes amies s'est fait posé un anneau autour de l'estomac pour cause d'obésité. Le corps a mal réagi. L'infection s'est mis de la partie. Elle a dû être réopérée. Elle est retournée en congé de maladie pour trois mois.

Je te cite ces deux cas pour te rappeler que toute intervention chirurgicale comporte ses risques et inconvénients. C'est particulièrement vrai par les temps qui courent où les hôpitaux sont infestées de bactéries récalcitrantes (E. Difficile). Dans certains cas, les interventions chirurgicales sont inévitables. Toutefois, la plupart du temps, une bonne hygiène de vie est bien plus efficace.

Tu peux atteindre un poids normal simplement en modifiant tes habitudes alimentaires et sportives. Nul besoin de scalpel. Bien sûr tu devras te résigner à bannir éternellement de ton alimentation les chips, croustilles, frites, pomme de terre, pâtes, riz, pain blanc et friandises américaines. En revanche tu pourras te gaver de fruits, légumes et poissons de toutes sortes. N'est-il pas moins douloureux de t'astreindre à manger du brocoli que de passer au bistouri?

Grâce à mon livre, tu pourras manger à volonté. Promis, juré ! Mais pas n'importe quoi. Exit la cochonnerie. Bienvenue les asperges, les poivrons colorés, les choux-fleurs, artichauts, aubergines... de même que les cerises, fraises, bleuets, poires, raisins, agrumes, etc... Même la bonne viande est autorisée à volonté à condition de respecter les ratios. Toutefois, met une croix sur le steak haché.

J'ai entendu plusieurs personnes dans mon entourage se plaindre de ne pas apprécier ces aliments. Certains ont même évoqué des effets secondaires mystérieux suite à leur ingestion comme des ballonnements et flatulences. Crois-moi: tout se passe entre les deux oreilles. Il en est de même pour l'obésité et l'anorexie. Combien de personnes ont préféré mourir que de changer leur alimentation ! Peut-être m'accusera-t-on de manquer d'empathie mais je trouve ça pathétique.

Bref, si tu démontres de l'ouverture d'esprit, mon livre sera plus efficace et sécuritaire que l'intervention chirurgicale que tu envisages. Il n'en tient qu'à toi.

Je te souhaite bonne chance.